Mustango
Jean-Louis Murat a brillamment remporté la septième étape du tour de France et s'est ainsi emparé du maillot jaune, qu'il devrait désormais conserver jusqu'à Paris.
Nul doute que les progrès de la lutte anti-dopage ne sont pas étrangers à ce formidable succès.Pour mémoire, Jean-Louis Murat a souvent essayé de se mesurer aux ténors du peloton mais ceux-ci, chargés à l'EPO et autres hormones de croissance restaient hors d'atteinte. Murat a toujours refusé ces procédés et préférait une classique préparation en altitude. Mais le col de la Croix-Morand ne culmine qu'à 1400m, pas suffisant pour porter son taux d'hématocrites au plus haut niveau...
La lutte anti-dopage est pass√©e par l√†, pouss√©e par une g√©n√©ration de jeunes champions, les Dominique A., Miossec, Katerine ou autres Julien Baer, √©lev√©s √† l'eau claire. La donne allait donc √™tre diff√©rente pour ce tour du renouveau et Murat a revu compl√®tement sa pr√©paration. Sa solution : un stage aux Etats-Unis. La m√©thode : tr√®s professionnelle et surtout une id√©e g√©niale : ne plus monter les cols assis sur la selle en emmenant une √©norme braquet synth√©tique mais monter en danseuse, petit braquet. En souplesse en somme. Murat avait d√©j√† tent√© d'utiliser cette m√©thode pour le tour 93, p√©riode V√©nus. Mais le c√īt√© "amateur" de l'aventure avait montr√© quelques limites dans l'encha√ģnement des cols, ce qui ne s'est jamais produit aujourd'hui.

D√®s le d√©part de l'√©tape, Murat ne cache nullement ses intentions. Il reste certes √† l'abri dans le peloton mais fait rouler ses √©quipiers qui assurent un train d'enfer. D√®s les h√©rons, d√©j√† un classique, on sent qu'il est dans un grand jour. D'autant que le premier sprint √† bonifications, Polly Jean, √† l'approche du premier col , provoque une nouvelle acc√©l√©ration. Mais le meilleur reste √† venir. D√®s les premiers lacets de Nu dans la Crevasse, Murat lance la grande bagarre en se portant aux avant-postes et en l√Ęchant ses adversaires au passage des premiers c?urs gospels. L'ascension est tr√®s longue mais Murat ne faiblit pas. Il profite de la travers√©e de Mustang pour reprendre des forces et se ravitailler (le fructose, le glucose...). Il para√ģt √©tonnamment l√©ger et semble voler vers le sommet, un bang-bang d'anthologie, √† classer d'embl√©e dans le top 5 du ma√ģtre. Le dernier kilom√®tre d'ascension est fabuleux. Murat est sur un nuage et harangue la foule "Mais qu'auriez vous fait sans moi ?". L'extase.
Le sommet √† peine franchi, il faut vite se reconcentrer. Car la descente vers Belgrade est difficile, tr√®s technique. Les lacets s'encha√ģnent sur un rev√™tement in√©gal mais Murat s'en sort √† merveille. Arriv√© dans la vall√©e, il peut √† nouveau souffler quelques instants, le temps d'un ravitaillement r√©parateur o√Ļ Joe et John lui tendent la fameuse musette. Pas de produits dopants, au moins ? ("are you sure, les gars ?"). Non, pas de produits dopants, mais de l'√©nergie √† revendre. Qu'il s'empresse de d√©penser sur "les gonzesses et les p√©d√©s", l'occasion de se d√©gourdir les jambes et d'√©vacuer le trop plein d'acide lactique anti-FN.

Au pied du dernier col, Murat a course gagn√©e, le peloton pointant √† plus de 10 minutes. Mais le public est nombreux dans la mont√©e et l'incite √† en remettre une couche. Dans la mont√©e du Mont sans Souci, il est facile comme jamais, sid√©rant de l√©g√®ret√© et de fra√ģcheur. Ce n'est que pass√©e la flamme rouge qu'il s'accorde une pose pour savourer cette extraordinaire performance et lever les bras au ciel. Et il peut √™tre fier. On pensait que ces exploits n'existaient plus que dans les r√©tros de Jean-Paul Olivier. Le peloton est bien loin et le tour est gagn√©.